Mes points de vue en matière d'enseignement concernent notamment :

  1. La question d'un cours de philosophie/éthique/morale/citoyenneté ainsi que d'un cursus d'éducation aux médias (article). Cf. également l'avis de Xavier Delgrange.
  2. Une réflexion par rapport aux devoirs à l'école primaire.
  3. Des pistes de questionnement concernant la tolérance mutuelle et le respect dans les écoles secondaires, notamment d'un point de vue socio-culturel (religieux, générationnel, de genre, d'origine sociale,...). Il est aussi question des responsabilités (de l'élève, des professeurs et des parents)

J'aborde aussi brièvement les problèmes liés aux programmes imposés par la Communauté française et aux (non-)libertés des professeurs. L'argumentation développée ci-dessous mérite d'être nuancée, car tout est plus complexe, mais il conviendrait d'en discuter. Pour une idée plus nuancée, voir également les articles Nouveaux défis, nouveaux cours : éducation critique et philo morale et Défis actuels de l'éducation.

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  Aristophane

 Aristophane : « Former les hommes, ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu ». Parce que ça ne sert à rien de mettre le jeune dans un moule, d'en faire un robot : on l'accompagne, le questionne et on l'aide à devenir un être humain.


1. En écoles primaires  : la question des devoirs

Aucun d'entre ceux qui ont connu les devoirs à l'école primaire n'en est mort (du moins, pas directement, à ce que je sache). Certes, il faut préserver les joies de l'enfance, le temps libre après lequel on court étant plus âgé, d'autant que toutes les familles n'ont pas le même "temps libre", que les enfants ne bénéficient pas tous du même soutien à la maison. Néanmoins, c'est dans la mentalité que cela se joue. Sans tomber dans les discours (majoritaires!) des alarmistes "anti-enfants-rois", ces moralistes qui ont oublié qu'ils ont été jeunes (et ignorants (et le sont en grande partie toujours)), je pense qu'il est bon de fixer certaines limites, voire frustrations, dès le plus jeune âge, sans nécessairement sombrer dans l'autoritarisme. Il est difficile d'affirmer avec certitude que "le niveau baisse", qu'"il y a un nivellement par le bas" (discours populaires souvent méprisants) ou que ces pratiques pédagogiques de "jeu" et avec moins de devoirs sont intrinsèquement moins efficaces pour toutes. Par contre, c'est un parti-pris didactique de ne pas non plus tomber dans un extrême inverse qui consisterait à dire qu'il ne faut que jouer et ne plus envisager aucun travail individuel/à domicile. De surcroît, habituer un élève à travailler un minimum chez lui est sans doute un bon moyen de le préparer aux études secondaires. C'est un moyen de pallier l'échec scolaire en soi : l'idée est de se situer dans un "juste milieu", de faire la part des choses, de constater la complexité du monde, et non dans les extrêmes idéologiques simplistes.  


2. Les programmes en primaire et en secondaire 

 La logique est simple : la comparaison avec des systèmes qui fonctionnent bien, suite aux tests PISA, invitent à  préserver un équilibre entre un solide tronc commun et la diversité des matières optionnelles (ainsi qu'un meilleur suivi/encadrement des élèves, et non simplement "abolir l'échec scolaire", comme certains l'interprètent de manière erronée en fonction des résultats PISA). Il faut donc améliorer la cohérence, l'unité de notre formation, sans tomber dans les dérives de "massification" qui réduirait l'institution scolaire à la transmission d'un savoir scolaire unique légitime uniquement à un moment donné (cf. Un bac pour tous?). Là encore, il s'agit d'un "savant dosage". Je déplore aussi qu'on n'ait pas de cours de philosophie et d'éducation aux médias : voir l'article suivant : Nouveaux défis, nouveaux cours : critique de l'information et philo morale. Certes, ce genre de thèmes est abordé dans d'autres cours, mais le problème est qu'il s'agit d'initiatives éparses sur base de vagues consignes, ce qui en fait des cursus non-formalisés, parfois hasardeux (voire grotesques) d'un point de vue méthodologique.

 

 Calvin et Hobbes (Watterson)

Calvin et Hobbes, par Watterson


Il faut noter également que la législation en matière de "compétences à atteindre par l'étudiant" ne dispense aucunement de "connaissances à acquérir", ce qu'interprétent souvent à tort autant le sens commun que, malheureusement, certains pédagogues, politiciens et professeurs. Effectivement, le Décret "Missions" de 1997, même s'il est mal compris du fait de son manque flagrant de clarté, définit le terme compétence comme "aptitude à mettre en oeuvre un ensemble organisé de savoirs, de savoir-faire et d'attitudes permettant d'accomplir un certain nombre de tâches". En d'autres termes, il ne faut pas tomber dans un laxisme scolaire et mixer les approches plutôt que d'en rejeter une au profit de l'autre. Il n'en a en réalité jamais été question. Il faut donc cesser d'interpréter sans savoir et rechercher à s'approcher d'une logique qui unirait savoirs et finalités ; en bref, de rendre ces savoirs vivants et utiles (sans tomber non plus dans une logique utilitariste liée à la société de consommation, où la pertinence -l'efficience- prime sur la vérité, la culture, l'histoire, etc. ; n'est pas utile que ce qui sert en situation de travail).

 

3. En écoles secondaires 

 Je pense qu'il faut informer les jeunes par rapport aux différences socio-culturelles, notamment aux religions et à l'éthique, qu'ils soient dans une école confessionnelle ou non. Il faut par exemple que l'on cesse de considérer l'ensemble des musulmans comme des terroristes violents. Ainsi, plutot que de se limiter aux cours de religion et de morale que l'on oppose traditionnellement, il s'agirait de plébisciter en plus un cours de philosophie pluraliste qui permette de présenter sans dénigrer de nombreuses tendances et préférences en termes de croyances. Le choix critique de l'élève reviendrait donc à pouvoir déterminer en toute connaissance de cause les enjeux d'une éthique personnelle nuancée. Il s'agirait en d'autres termes de favoriser l'engagement citoyen nuancé, la prise de position personnelle et le "vivre-ensemble" constructif, dans un monde plein d'influences plurielles.

 

Voir également l'avis de Xavier Delgrange et celui de Bernadette Wynants.


Ces cours, pluriels, seront des propositions de cheminement : il ne s'agira pas d'inculquer des pratiques ou de prôner une religion ou laïcité, mais de se comprendre mutuellement!
C'est un point de vue très peu partagé, car cela fait peur d'inclure de la religion dans les écoles laïques, mais je pense qu'on est d'autant plus critiques envers les dogmes et pratiques déviantes qu'on en est bien informé!

Cette démarche permettrait à tous les élèves d'en apprendre davantage sur l'autre, ainsi que de découvrir et comprendre des valeurs. Cela peut aussi amener à éviter que des jeunes tombent dans l'extrémisme, à cause d'une mauvaise connaissance de leur religion. En bref, il s'agirait d'une ouverture philosophique (avec débats?) au sein de l'école.

Pareillement : prôner une ouverture laïque et critique envers la religion dans des écoles catholiques pose question.

 

Et pourtant, n'en a-t-on pas assez de ces clivages entre laïques et religieux? Ne devrait-on pas tenter de dépasser ces approches, qui se basent sur la haine et le mépris d'autrui, sur des vieilles guerres séculaires? Ces comportements de fermeture ne témoignent-ils pas de la même attitude dogmatique? Bien entendu, il s'agit là de laïcité (au sens de pluralisme des vues et des démarches!) à l'école, et non dans la politique : il n'est aucunement question d'introduire des "arguments d'autorité" dans les décisions à prendre en société. Simplement de mieux se comprendre mutuellement, s'ouvrir et éviter les pensées préconçues.

 

Je pense également qu'il convient de rétablir une certaine légitimité et une plus grande marge d'action pour les professeurs, non tant par rapport aux élèves, souvent diabolisés, que par rapport au système bureaucratique auxquels ils sont confrontés. L'idée est qu'une société qui forme des machines, robots administratifs, qui ne font qu'appliquer, enseigner ou ingérer des lois n'est pas ce que nous voulons ; c'est une société humaine, libre, qui est visée. Je pense qu'il faut tempérer la responsabilité des professeurs, ainsi que leur devoir de réserve. Le professeur se doit d'être bienveillant, à l'écoute et "pluri-disciplinaire", c'est-à-dire de favoriser l'ouverture aux différents points de vue. En d'autres mots, je pense que favoriser l'esprit critique, (celui d'autrui, mais aussi le sien!) c'est pouvoir dire "moi je pense ça", "moi, je vous présente Darwin, mais il existe d'autres visions du monde". C'est pouvoir remettre en question ses croyances, jusqu'à celles les plus profondes (ici : la science, la logique, les droits de l'homme) et en découvrir les forces et les limites. Il n'y a qu'en suivant cette méthode que l'on peut pousser les jeunes à s'engager par eux-mêmes, à faire des choix responsables.


Pour poursuivre cette argumentation qui me tient à coeur, rendez-vous sur la note de fin de cet article, ainsi que sur mon sujet : Objectivité / neutralité?

 

 

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NB à propos des programmes : je pense notamment à rendre de la marge d'action aux professeur vis à vis des programmes qui leurs sont imposés et qui sont de véritables boulets pour la plupart des enseignants, car trop contraignants et difficiles à comprendre. Ces programmes sont d'excellentes initiatives pour réduire les inégalités, mais d'un côté, ils forcent les professeurs à une pseudo neutralité, à un pseudo sens critique et font donc croire que les avis du programme sont objectifs, alors que de l'autre côté, ces programmes sont politisés et ils imposent une matière unique à voir d'un point de vue qui laisse peu de place à l'altérité. (On rejoint les idées développées dans Un bac pour tous?)

 

Je trouve par exemple que chaque professeur devrait pouvoir donner son opinion (du moins ne pas risquer de sanction pour celle-ci), tout en précisant à chaque fois que ça n'engage que lui, et que ses propos sont susceptibles d'être tronqués par cette "non neutralité" ; cette neutralité que personne n'a. En bref, justement, de resituer tout point de vue et toute théorie dans un contexte et une épistémologie. Un "fait scientifique", c'est toujours un homme qui le dit à partir d'un problème pratique qu'il a eu et d'un point de vue qu'il a adopté pour le résoudre/tenter de le comprendre.

 

Est-ce mieux en effet de dire qu'on est neutre alors qu'on ne l'est jamais, ou bien de carrément dire ce qu'on pense, tout en montrant les autres avis, et en insistant sur l'engagement inévitable que l'on est amené à prendre?

 

Je crois encore qu'il vaut mieux être au clair avec ses croyances, plutôt que de faire croire qu'on est objectif, alors qu'on ne l'est jamais. C'est saper l'esprit critique que l'on veut inculquer aux jeunes que de leur présenter un point de vue (et meme une confrontation de points de vues) comme étant absolument objectifs.

 

Meme dans les sciences, les mathématiques, il y a des présupposés qui ne sont pas neutres, croyances des  qui sont indémontrables (A=A est indémontrable, Darwin est indémontrable, et est remis en cause, L'universalité de la théorie de Newton a été réfutée par Einstein, etc etc).

Par Julien Lecomte - Publié dans : Enseignement - Communauté : Education et jeunesse
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