"Tu t'prends pour Socrate ou quoi?"
Je pense qu'il est très difficile d'accéder au pouvoir et à des fonctions comme professeur d'université
sans se détacher quelque part du "concret". Le problème, c'est que certains ne savent pas y retourner... Quelques anecdotes pour illustrer cela :
- De nombreux bourgeois offrent des pourboires généreux aux serveurs dans les restaurants, et s'en vont tels des princes, mais nient le clochard qui leur tend la main à la sortie
- Entendu au Parlement français : "Je fais de la politique, moi, pas des slogans!" (ah, tiens, ce n'en est pas un, ça?) : on dirait qu'il n'y a plus que du show, on n'écoute pas
l'adversaire, simplement parce qu'il est dans l'autre camp. On rejette tout en bloc, et tous les moyens sont bons pour le descendre. Ce n'est plus que de la rhétorique, du paraître. Ca me débecte
de voir les vidéos du Parlement, de voir ses gens se parler sans s'entendre, se critiquer sans s'écouter, sans but, au fond...
- Concernant les médias : "J'arrête la politique, mon rêve est de devenir journaliste" "Ah bon, pourquoi?" "Eh bien c'est simple : c'est le métier de pouvoir absolu, vous jugez de tout, et vous
n'avez de comptes à rendre à personne"
- Un professeur de l'UCL vante sans cesse les mérites de plate-formes virtuelles, supposées venir en aide de nombreux étudiants. Ceux-ci passent en réalité des heures à imprimer ses documents,
petits dessins et graphiques qui ne servent à rien, alors qu'il suffirait d'un quart d'heure pour aller acheter un livre. De surcroit, bonjour l'écologie : en général, on imprime des centaines de
feuilles par an pour les cours à l'université. Merci pour les arbres, merci pour les étudiants.
J'arrête ici. Je pense qu'à la base, les nombreux politiciens, journalistes, philosophes et professeurs ont de bonnes intentions. Ils veulent réellement changer les choses, ils ne
désirent pas uniquement le pouvoir... Je fais partie des gens qui veulent changer les choses, par un de ces biais... Mais je crois que ces fonctions peuvent nous faire oublier l'essentiel... On
veut augmenter le pouvoir d'achat, mais on n'est pas capable de tendre 1 euro à un clochard... Je pense que l'idée est là ; je voudrais faire de la politique, de la philosophie, qui
prône que l'on prenne le temps de dire bonjour aux gens, que l'on discute avec les exclus sans faire semblant de ne pas les voir, et que l'on cesse ces chamailleries inutiles. Quand je pense que
certains sont payés pour ça.
Il suffit de regarder le comportement de certains politiciens à la télévision (au Parlement Français, par exemple, ou en campagne électorale) pour constater que personne n'écoute. Les gens sont
adversaires, le but est d'enfoncer l'autre. Il n'y a plus d'idées, mais des discours, des slogans, des aphorismes, du show. Les politiciens deviennent des vedettes qui discutent avec
d'autres vedettes, dans des émissions de variétés, pseudo-culturelles, où ils doivent débattre avec un musicien, un humoriste ou un auteur de romans (à qui on demande de s'intéresser, alors qu'il
n'en a souvent rien à foutre). Et on se crie dessus, c'est le désordre total, les impolitesses, l'arrogance, de tous les côtés. Bel exemple. Comment espérer que la
société s'améliore, devienne plus ordonnée, si sa base décisionnelle ne l'est même pas?
Bien entendu, les journalistes, retranchés derrière leur sacro-sainte liberté d'expression se permettent de tout critiquer, font la chasse au scoop, et finalement nous gavent d'un tas
d'événements qui endorment notre cerveau. Des philosophes et professeurs, tellement passionnés par leurs domaines, oublient de redescendre sur terre et n'ont plus de prise concrète avec le
réel... Tout cela n'est-il pas vain?