4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 14:43

Si vous désirez en savoir plus par rapport aux quelques sources citées dans différents articles, voici un lexique qui présente brièvement certains d'entre eux. Cette page fait office d'outil conceptuel pour approfondir ou apprendre à connaître certains points de vue que je ne fais parfois qu'évoquer.

Cette liste "lexique" n'est pas exhaustive, mais il s'agit d'être plus au clair avec mes sources et ce que j'en retire exactement. 

  1. La "banalité" du mal : Arendt, psychologie cognitive, philosophes,...
  2. Dogmatisme, relativisme, épistémologie et éthique
  3. Théories de la communication
  4. En savoir plus, par auteurs : Hegel, Ricoeur, Freud, Russell, Lakoff, Paugam, Jonas
  5. Quelques courants

 

1. LA "BANALITE" DU MAL

Cette thèse est évoquée principalement dans l'article Etat des lieux de la finitude humaine. Emprunté à H. Arendt, ce concept se voit renforcé par les observations et hypothèses de plusieurs auteurs, notamment en psychologie sociale.

  • H. ARENDT : Je retiens "la banalité du mal". En fait, on s'inscrit ici dans un revers de la modernité (courant postmoderne en éthique) : l'homme n'est plus considéré comme purement rationnel, conscient, maître de lui et du monde, mais il est "fragile" et est sujet tous les jours à la possibilité du mal. Selon Arendt, qui étudie le cas d'Adolf Eichmann, tout homme  "banal" qui n'exerce pas ses facultés morales (à distinguer des facultés intellectuelles, bien que toutes deux fassent appel à un effort de jugement) est capable de réaliser les pires choses. En d'autres termes, une personne n'est pas un monstre ecervelé une fois pour toutes, mais peut le devenir si elle ne prête pas attention à la portée de nos actes. En envisageant un tel point de vue, le défi éthique est de taille : comment lutter contre cette faiblesse? Hannah Arendt - Eichmann à Jérusalem 
  • PRIMO LEVI (Si c'est un homme) et R. ANTELME (L'espèce humaine) se trouvent dans cette lignée, lorsqu'ils découvrent les atrocités commises pendant la seconde guerre mondiale. Cet élément historique est capital pour comprendre un certain tournant dans la pensée occidentale. Article état des lieux de la finitude humaine.
     
  • FREUD, MARX et NIETZSCHE : ce sont les auteurs que RICOEUR nomme les "maîtres du soupçon". Respectivement, ils envisagent l'homme comme soumis à son inconscient, sa classe sociale ou aux "masques" qu'il porte. On peut dans cette optique citer GOFFMAN également. Eux aussi peuvent être lus comme mettant l'accent sur une certaine finitude humaine.

    (Je noterais la lecture suivante de FREUD : aujourd'hui, sont régulièrement associés l'inconscient et la liberté. Être libre, pour beaucoup, c'est céder à ses pulsions, en opposition avec les règles. Or, Freud qualifie justement la "découverte" de l'inconscient comme une "nouvelle humiliation" pour l'homme. Personnellement, je dirais plutôt que la liberté est du niveau de la conscience, et même de la conscience de l'inconscient : il est question de se réapproprier l'inconscient en fonction des règles et de faire un choix rationnel. Cette vision des choses est beaucoup plus porteuse au niveau éthique. Pour aller plus loin dans cette réflexion).
     
  • ASCH et MILGRAM : deux personnes issues de la psychologie sociale, qui mettent en avant respectivement le conformisme et l'état agentique (situation dans laquelle l'individu se sent déchargé de la responsabilité de ses actes, par l'obéissance à une autorité légitime par exemple) comme sources possibles du mal. Article humanité et psychologie sociale.

    L'influence du milieu est selon moi capitale par rapport à l'action humaine. S'il ne faut pas beaucoup à certains hommes pour devenir "inhumains", il faut néanmoins rechercher les situations qui, potentiellement, favorisent ou non de tels comportements, les encouragent. Face à l'adversité, à l'injustice (certains n'ont pas eu besoin de cela), quel homme ne serait pas capable de commettre des actes nuisibles, à lui-même ou à autrui? Catégorie société.

 

2. DOGMATISME, RELATIVISME ET ETHIQUE. Croire et agir, une question de points de vue?

  • ARISTOTE et la question du juste milieu appliqué à l'attitude de tempérance à adopter par rapport aux croyances. L'idée est de tempérer ses actes et pensées plutôt que d'adopter systématiquement un avis tranché et irréfléchi. Et si, entre deux extrêmes (pas nécessairement à équidistance), il y avait une position tierce plus riche? (Je fais une interprétation large du concept, sorti de son contexte éthique, qui ne se limite pas à un "point central délimité", un "non-engagement neutre", mais bien avec l'idée d'une attitude éthique de nuance, valable aussi en épistémologie)
  • William JAMES : il est une des personnes que je cite (avec DEWEY également) pour relier la question de la croyance et la question de l'éthique. C'est avec Dewey et Peirce un des représentants du pragmatisme. Selon ce courant, il est question de rejeter tout relativisme, tout en rappelant que nous fonctionnons par des croyances. Il fait partie des penseurs qui défendent une sorte d'engagement en épistémologie : "est vrai ce qui est utile", c'est-à-dire ce qui a des enjeux à être désigné vrai. Il y a des choses qu'on ne peut prouver, mais si on les considère comme vraies, cela ouvre des portes phénoménales à la pensée. (Par exemple, l'existence de l'inconscient, la théorie de l'évolution,... sont des choses qui permettent une fertilité scientifique, une fertilité du questionnement et des créations, si on les considère comme vraies). Cela vaut aussi, à mon avis, pour l'argumentation : on peut attribuer un poids plus grand à certaines croyances en fonctions des enjeux qu'elles véhiculent.
     
  • HEGEL : auteur extrêmement important, je le cite car il relativise l'idée de la vérité, pour peu que l'on "désabsolutise" (excusez ce néologisme) un peu sa pensée. Il présente une véritable dynamique dialectique. Contrairement à l'étiquette dogmatique qu'on lui colle, il fait de la vérité quelque chose qui s'enrichit de sa propre critique. Pour reprendre la métaphore des points de vue que j'apprécie : un point de vue s'enrichit des apports des autres points de vue. Ainsi, on obtient des vérités dynamiques, mouvantes,... On a donc ici une pensée qui prend en compte les pensées qui lui sont opposées, qui tente de retirer quelque chose de cette opposition. Cette vision cohérentiste est pour moi une porte ouverte au pluralisme des vues, tout en ne tombant pas dans un relativisme du simple "tout se vaut".
  • RUSSELL est lui aussi cité dans les articles concernant les points de vue. Je retiens son idée que toute proposition a une zone de signification, un "domaine" : on ne peut parler de tout à la fois, et jamais de tout que d'un certain type. Tout point de vue a un domaine où il convient, mais aussi des limites, une part d'ombre... L'argumentation est bien plus poussée dans mes articles. En savoir plus : Russell et les paradoxes.

    Il est question chez les deux auteurs (comme chez la plupart des (bons!) philosophes) d'un engagement pour rechercher du sens (du sens par rapport à la mort, au mal, etc.). Si je cite KANT, c'est principalement pour sa rigueur formelle, le constructivisme confiant en la raison et la "soumission" de la métaphysique à l'éthique : le sens se retrouve pour moi dans le niveau éthique, de l'action humaine.
  • LAKOFF, La discussion, c'est la guerre est un ouvrage qui présente la tendance à présenter la discussion comme une lutte entre intervenants. Le pari que j'en retire est qu'en prenant conscience de ces mécanismes, on puisse développer une logique plus constructive par rapport à l'échange.
  • RICOEUR, quant à lui, propose une vision de l'idéologie qui colle bien à l'idée que je me fais des "oeillères" que je dénonce dans ce blog. En effet, selon lui, une idéologie a une fonction d'occultation, c'est-à-dire qu'elle agit de manière voilée. Plus encore : plus une idéologie est voilée, mieux elle fonctionne. En d'autres termes, moins une société se remet en cause, plus il y a de chances qu'elle se base sur des présupposés (des postulats) qui sont loin d'être neutres. Le pire danger ne vient pas de ce que l'on critique, mais de ce que l'on estime comme acquis pour critiquer. Ce modèle, comme la plupart des modèles Ricoeuriens, s'étend bien au-delà de l'analyse d'un état, et peut s'appliquer aux discours et façons de penser de certaines personnes : moins on se remet en cause, plus il y a de chances que le jugement soit orienté.
     
  • Voir également KANT et le constructivisme, SARTRE et l'existentialisme et NIETZSCHE et le perspectivisme.


3. THEORIES DE LA COMMUNICATION

  • LE BIAIS DE CONFIRMATION D'HYPOTHESE : Cette théorie veut qu'une personne qui croit en une hypothèse va porter plus d'attention à des phénomènes qui la confirment plutôt qu'à des phénomènes qui l'infirment (en termes de sélection, traitement et mémorisation de l'information). L'individu interprétera tout nouvel élément du système en fonction de son hypothèse de départ.

    Cette théorie se retrouve dans les tests portant sur la CATEGORISATION (stigmatisation, labelling : fait d'attribuer une étiquette, d'avoir une pensée "cliché", stéréotypée, réductrice et surtout figée de quelqu'un ou quelque chose. Cf. notamment Paugam en sciences sociales) en psychologie sociale et dans les théories cognitives. C'est un frein à la nuance, à la complexité.
     
  • INFLUENCE DES MEDIAS : Question très populaire. Il y a plusieurs points de vue. L'idée de base du sens commun est que des méchants producteurs crèent des choses pour nous influencer ou nous prendre notre pognon (vision linéaire, comparable à celles résultant des thèses de LASSWELL aux USA, mais aussi d'ADORNO et HORKHEIMER ou encore BOURDIEU et MORIN en Europe Continentale).
  • Des théories du même genre nuancent ces propos : AGENDA SETTING (english) (les médias sélectionnent les informations, mais n'ont que peu d'influence sur l'interprétation idéologique de celles-ci. Ils nous diraient "à quoi penser", quels sont les "thèmes importants à l'agenda", mais pas exactement quoi penser, en programmant certaines choses et pas d'autres, en y accordant du temps et en occultant d'autres sujets), GATEKEEPER (Lewin) et TWO-STEP-FLOW (Lazarsfeld et Katz : des leaders d'opinions servent de relais aux messages pour en accroître l'efficacité, notamment par la discussion entre pairs - cela signifie qu'un message a d'autant plus de poids que son contenu vous est recommandé par quelqu'un en qui vous avez confiance), etc.

    Une source synthétique en anglais : http://www.aber.ac.uk/media.
    En français : une présentation didactique en powerpoint et une présentation des théories de la communication en fonction des métaphores qui les fondent, par Gérard Pirotton.

    A cela, il faut ajouter la question de la réception : que font les auditeurs? En général, ils critiquent, ils se réapproprient, ils nuancent (rare?) ou ils gobent (rare aussi, au final?). Ainsi, si vous êtes de droite et que vous entendez Elio Di Rupo parler, vous le critiquerez (en général sans nuance) : dans ce cas, vous ne serez pas influencé, mais il se pose la question cruciale de la nuance, du véritable sens critique. Et de l'idéologie dans laquelle on baigne. Entre la réception naïve et le rejet systématique, n'y a-t-il pas des attitudes plus profitables?

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Paul Ricoeur

(Paul Ricoeur)
  • RICOEUR (dans sa trilogie Temps et récit), encore lui, estime qu'il y a trois temps dans la constitution d'un récit : le temps préfiguré, celui du monde, vécu comme tel. Ensuite, le temps configuré, par le récit (par extension : par le média). Et enfin, le temps refiguré, changé par le média. De manière concrète, cela signifie qu'un média s'inscrit toujours dans un monde, une culture qui lui pré-existe, qu'il ne nait pas indépendamment de toute réalité, et qu'il en est donc imprégné. Cela signifie aussi que ce média "transforme" la réalité dont il parle, la configure à sa manière, la formate, tout en ne rendant pas compte de toute cette réalité. Enfin, le temps "refiguré" est celui du récepteur, qui confronte sa vision du monde à celle du média. Ricoeur ajoute une notion fondamentale : l'idée de boucle. Le temps "refiguré" forge en partie le temps "préfiguré", c'est-à-dire la vision du monde préexistante aux médias. Ainsi, ce qu'il faut retenir, c'est la complexité des choses : un média nait dans une société où cohabitent plusieurs visions du monde, il la rend partiellement et imparfaitement, par son prisme, et enfin une partie du monde la reçoit de manière différenciée, en fonction toujours d'une origine et d'une existence et la modifie une fois encore. Interroger les médias, c'est donc interroger aussi la société dans laquelle ils naissent, ainsi que les usages, les opinions.
     

4. EN SAVOIR PLUS, par auteurs

 

5. Quelques courants

 

Courants que je ne défends pas (dans leur version exacerbée) : dogmatisme, relativisme, scepticisme

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