Pour être complet, cet article ne devrait pas se limiter à quelques stades de mon évolution intellectuelle, mais devrait aussi mentionner les personnes qui me sont chères et qui ont contribué
inévitablement à mon épanouissement. C'est maintenant chose faite :
remerciements à ceux qui me sont
chers.
Voici le point de départ de ma façon de voir les choses.
Au début, je rêvais, j'avais des tas de sentiments que j'estimais bons.
Au départ étaient les tripes, et ce sont elles qui ont
guidé (et continuent de guider) toute mon existence. On pourrait croire que j'aime l'onanisme intellectuel (et verbal, vous l'aurez remarqué, mais "onanisme" est tellement moins vulgaire que
"masturbation"), défaut souvent attribué aux philosophes : il n'en est rien. Si je pense, si je passe des nuits blanches, ce n'est pas par amour du jeu de langage ou de la logique, mais bien par
amour tout court, par sentiment. Contrairement à ce que semblent dire les philosophes Modernes (bien que...), ce n'est pas la raison qui guide mon action en premier lieu, mais un contact bien
plus proche du monde, bien plus "profond" : les tripes. Bien entendu, il s'agit qu'elles soient le démarreur de la pensée, et pas leur maître. En effet, si les tripes me poussent à penser et à
agir, la raison a tout de même son rôle à jouer.
La vie et certaines productions de l'homme m'ont fait m'interroger :
l'homme, un être inhumain?,
l'absurdité : l'être inhumain... Et si l'homme n'était pas si bon que ça? Et si moi-même, j'étais quelqu'un de profondément
violent? Meurtres, tortures, violence psychologique, malheur, inégalités, haine, colère, pulsions, tromperies, mensonges...
(Raphael
Gély)
Certaines productions médiatiques, artistiques ou littéraires (pas nécessairement les productions
"académiques") proposent souvent deux niveaux de lecture :
Death Note, GTO,... et permettent de bien
comprendre ce type de pensée. Ces productions soulignent
la finitude de l'homme, et la cruauté dont il peut faire preuve. Elles constituent aussi une remise en question des
visions traditionnelles opposant "bien" et "mal". Peut-etre l'homme a t il toujours été aussi violent, mais que cette violence a changé de forme, et est devenue plus psychologique.
Peut-être n'arriverons nous pas au bonheur, au bien, beau, vrai...
Alors était le doute (il n'a pas manqué de me frapper au niveau épistémologique aussi).
Merci à Raphael Gély, professeur de philo à l'ucl, qui a su par son enseignement m'aider à mettre des mots sur des choses que je pensais.
En général, merci aux professeurs qui m'ont permis d'adopter un point de vue synthétique et ouvert, entre engagement, croyance et doute ; une position à la fois contre le dogme et le
relativisme.
Car en effet, si de nombreux éléments m'ont fait douter, ont remis en question mes certitudes, cela ne veut pas pour autant dire que je n'ai pas pu croire à quelque chose de "neuf" par la
suite...
(Michel Dupuis)
Vint donc la réponse : Michel Dupuis, autre professeur de l'UCL, m'a un jour demandé pendant un oral si je pouvais dire qu'absolument tous les hommes étaient cruels. J'ai dit "non". Il
m'a dit, "or, on dirait que dans votre travail, vous condamnez l'humanité pour plusieurs mauvais..." ...
"Et si, pour un seul homme bon, il fallait sauver l'humanité?"
Ca a toujours été mon avis, et il a mis des mots dessus : s'il n'existait qu'une seule personne ou une seule chose qui soit bonne, cela vaudrait tout de même la peine de se battre pour cette
chose. De plus, j'ai appris à penser que les hommes n'étaient pas intrinsèquement "bons" ou "mauvais", et à penser que l'on pouvait agir sur des personnes pour qu'ils se sentent mieux, qu'ils
soient plus humains, etc (les productions telles que GTO vont dans ce sens). Mon avis, c'est donc que s'il y a une chance, même infime, pour qu'on puisse changer les choses vers un mieux, il faut
la prendre et se battre pour cela.
(Gabriel
Ringlet)
Comment? Par le retour aux choses simples. Voyez notamment
ce que pour quoi je me bats dans ce blog pour
créer, à mon avis, une vision des choses plus humaine, combattant certaines actions et façons de penser. Trop souvent, on est face à des discours politiques qui ne touchent que les hautes sphères
économiques, et non plus les gens. Des débats stériles entre partis qui ne savent même plus pourquoi ils se battent (enfin si, pour leur salaire post-élections).
Je prône un retour à l'altruisme, à la relation. A la proximité, à la valeur non-économique, au qualitatif. Merci à Gabriel Ringlet, qui m'a appris que les gens "simples", les poètes, les
artistes, les clochards et autres avaient leur mot à dire sur la société et la culture... Sans doute apprend-on plus sur l'homme et la société en partageant une soirée avec un clochard, qu'en
lisant le dernier roman d'auteur gratifié par l'Académie... Et si c'était plus enrichissant de retrouver les relations que notre société a perdues? Et si c'était un retour au don de soi, à la
simplicité, à la qualité et non la quantité, qui était la solution?
Merci à eux de m'avoir aidé à mettre des mots sur ce que je pensais.
Merci aussi à Yvon Rollin, qui a su éveiller un vif intérêt chez moi pour la philosophie.
(Yvon
Rollin)
J'adopte aussi
une vision empathique, contre le manichéisme : ce sont des actes et non des hommes qui sont mauvais. Je voudrais dire à ceux qui commettent des actes néfastes pour quelqu'un
: "je te comprends, mais ce que tu fais engendre de la souffrance, et cela n'arrange pas la tienne, cela n'arrange pas les choses". Du coup ça change ma vision de la justice. Des actes doivent
être punis, du coup des personnes aussi, car on ne peut pas tolérer certaines choses. Mais il faut arrêter de faire peur aux gens, de diaboliser, de stigmatiser (je mène un combat acharné contre
la stigmatisation, le fait de réduire les gens à un moment de leur vie, à un acte ou à un morceau de leur identité!), il faut éduquer, comprendre, prendre le temps... Voilà ce que j'ai envie de
communiquer.
Illustrations : GTO, Jésus, Socrate,... : le retour à l'homme simple qui parle aux gens.
La relation mise au centre : contre l'idéologie de l'identité, l'individualisme exacerbé, l'égoisme. L'altruisme, c'est être un avec l'autre dans la relation. Faire une relation, la
construire, éviter de blesser : agir par rapport à l'autre, voilà ce qui manque à notre société. D'ailleurs, n'est-ce pas extrêmement important de vivre une excellente relation avec sa famille,
ses amis ; ceux avec qui on est le plus souvent? ...
Une vision existentialiste : oui, il y a du mal, il y a des risques, il y a des malheurs, il y a la mort... Mais la vie a du sens par rapport à cela : rien n'est foutu. On est déterminé,
on a fait du mal, on a souffert, il y a des difficultés, ... Mais ça n'empeche pas d'essayer de changer : ne pas se réduire soi-même au mal... Notre vie peut avoir du sens, en tant qu'elle est un
chemin pour changer les choses. Après notre mort, resteront des souvenirs, des chemins, des actions, des créations. On peut toujours faire quelque chose, il faut y croire et aller de l'avant.
Maintenant, il est clair qu'il faut aussi faciliter l'existence altruiste, humble, ouverte ; un rien peut nous rendre "criminel", l'environnement pèse énormément sur nos vies. L'éducation et
toutes les instances de socialisation, d'échange, doivent suivre ce but, de donner gout à la vie aux gens et de créer une société où ils se motivent et s'épanouissent...
[ NB : Notez le mouvement en 3 temps :
1. Sentiments (//Pulsion, inconscient) => Vision du monde 1.
2. Désillusions, doutes,... => Vision du monde 2.
3. Prise de conscience, à la fois des doutes et des sentiments, réaffirmation rationnelle, conscientisation => Vision du monde 3. Il s'agit en réalité d'ASSUMER les visions du monde
précédentes et de tenter de les transcender, par la raison, par la conscience (conscience est un terme plus approprié). Un parallèle peut être fait avec mon article :
Freud, la mauvaise excuse de notre société ]