Quand les chiffres n'ont plus de sens...

7 heures pile. Je me lève.

Je vais vérifier mes mails. +1 mail aujourd'hui, la journée commence bien. +1 ami sur Facebook, ce qui me fait 15 amis de plus que Pascal, qui est dans les miens mais que je n'aime pas. Excellent.

Je me pèse. Le matin on pèse toujours bien quelques grammes de moins. Effectivement, 500 grammes de moins qu'hier. Je dois quand même me surveiller. 2000 kcal par jour, c'est bien, mais avec au moins 5 portions de fruits, et si possible 15 minutes de step et une centaine d'abdos.

Je prends les transports en commun, car c'est plus économique, surtout quand on travaille dans une grande ville. J'y lis le journal de ma région. La fête locale de mon village natal a obtenu un franc succès (plus on est de fous, plus on rit, n'est-ce-pas?) : 423 participants, ce qui est davantage que l'an dernier! Dans les journaux, regardez-y : il n'y a pas un article concernant une fête qui n'associe la réussite au nombre de participants. Reccord battu! On parle aussi du Télévie : incroyable, eux aussi ont fait encore plus que l'an dernier!

Le boulot. J'y arrive à 8h30. Mon numéro de matricule est le 5487. Je gagne 4000 € bruts par mois, ce qui me permet de m'acheter  une belle voiture, un écran d'un mètre sur deux, une grande maison et de payer mon abonnement à la salle de fitness, ainsi qu'un bon mois de vacances à 3000 km d'ici.

Quand je rentre, il est 17 heures, j'allume la télévision."2 paires de lunettes pour le prix d'1". "Les laves-linge durent plus longtemps avec Calgon". "Demandez plus à la vie". Plus, plus, encore plus. J'ai droit à plus. Au plus. Je veux le plus. Je veux la plus belle silhouette, le poids le plus adéquat, être le numéro 1 dans mon sport, avoir le plus d'amis, les meilleures notes à l'école ou au boulot, le plus gros salaire, la plus grosse cylindrée,...

Le plus, je veux le plus. Peu importe la nature de ce que c'est, la seule chose qui compte (au propre comme au figuré!), c'est le chiffre, c'est la quantité.

Quand je vais me coucher, j'ai du mal à trouver le sommeil. Devrais-je prendre plus d'anti-dépresseurs? Je ne sais pas. J'ai l'impression qu'il me faut quelque chose en plus... Mais au fond, ce qui m'empêche de dormir, la question lancinante qui revient sans cesse, c'est : plus de quoi?
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