Article concernant l'uniformisation des évaluations en fin d'études secondaires (baccalauréat
françai)s.
En Belgique, ce système n'existe pas, ou du moins pas encore. Uniformiser
serait sans doute un moyen de réduire certaines inégalités et injustices par rapport à la réussite scolaire, ainsi que d'obtenir de meilleures notes aux tests externes formalisés. Mais ne
serait-ce pas aussi le danger de formater l'enseignement, d'en faire un moule culturel extrêmement pauvre en termes de réflexion et de diversité? Ne serait-ce pas, de manière encore
plus perverse, le moyen d'asseoir une "culture" unique où l'homme est réduit à sa performance à une tâche donnée, dictée par la demande du marché?
(Le bac : une
réduction de l'humain à 100 questions-tuyaux?)
Tout d'abord, concernant les inégalités. Il est clair qu'en
l'absence de critères bien définis, les écoles peuvent implicitement choisir comment elles sélectionnent leurs élèves, et comment ceux-ci réussissent ou non. A résultats égaux, un élève
doublera dans une école et réussira dans une autre, en fonction notamment de sa classe, de ses professeurs et de la politique de l'école. Il ne faut néanmoins pas se leurrer : en France aussi,
les écoles "réputées" tendent à se différencier en augmentant l'échec avant l'année du bac, de manière à obtenir un taux de réussite à celui-ci plus élevé et à paraître plus performantes.
(Si l'on fait doubler les "moins bons" avant le bac, seuls les "meilleurs" le présenteront, et l'école obtiendra donc en moyenne de meilleurs résultats au bac... Ce qui attirera
certainement les parents pour qui le prestige de l'école est un élément déterminant!)
De surcroit, si des critères stricts seraient sans doute intéressants à
envisager (lesquels? ...Et parmi eux, lesquels conviendraient effectivement au système belge?), le danger d'une uniformisation me semble très alarmant. En effet, l'idée des compétences et
celle de critères stricts pour juger d'un élève proviennent de plusieurs causes, notamment des piètres résultats belges francophones au test "PISA", un test réalisé indépendamment des systèmes
d'apprentissage ; un test externe. Le prestige de la Belgique en dépend : il faut réaliser de meilleurs points à ce test externe de niveau. Mais quels en sont les critères? D'où
viennent-ils? Si "nos" élèves sont moins performants à ce test que d'autres élèves, le sont-ils pour autant moins à toute autre épreuve? Sans doute pas. Il est fort probable que notre système
favorise des apprentissages qui ne soient pas testés par ce genre d'évaluations. Le cas échéant, il n'est pas dit de toute façon qu'une norme imposée de l'extérieur (selon quels critères?)
soit vraiment une solution. Le danger, ce serait de se conformer à une norme (celle du marché?) et de renoncer à tout ce qui n'en fait pas partie, à savoir probablement un ensemble de
points de vue, de contenus étudiés, de valeurs, de priorités, etc. En bref, ce serait sans doute renoncer à la diversité, et se plier à un et un seul modèle dominant qui n'est pas
nécessairement "meilleur" que le nôtre...
Je dirais qu'une alliance entre le système du bac et une marge à
l'évaluation personnelle du professeur (50% "examen unique/bac" - 50% professeur) me semblerait une alternative : l'autonomie du professeur et son originalité (contre le risque d'une
uniformisation, d'un "savoir normalisé" et d'une massification détruisant toute hétérogénéité possible) sont préservées et un pôle "objectiviste" permet de délimiter clairement ce qui est
attendu.
Enfin, ce serait à mes yeux un bon compromis contre le risque le plus
grand à mes yeux ; celui d'une société qui ne formerait que des robots performants par rapport à un système économique utilitariste, qui n'en ferait qu'un "pion" qui réalise les tâches de la
société d'ici et maintenant de la manière la plus pertinente... Ce risque de réduire l'école à un simple outil pour plus de performance économique, et cela uniquement, me semble omniprésent. On
forme un jeune à un moment donné, pour une tâche donnée à un lieu donné, mais quid des questions plus larges, du bien, du juste, du beau et du vrai, ainsi que de certaines formes de culture(s)
(générale?)? Ces questions plus larges ne sont pas des savoirs pratico-pratiques, applicables dans une situation concrète donnée, répondant à une demande directe, mais ils sont bel et bien
vivants, mobilisables, font partie de la vie quotidienne... Et ils sont sans auncun doute eux aussi nécessaires à tout être humain... Je reprends notamment une de mes phrases : à quoi
cela sert-il de former des intellectuels si par ailleurs ce sont de vrais salauds?